Miracle !

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Miracle en Alabama, l’histoire vraie d’une jeune fille aveugle et sourde, Hélène Keller, qui apprend à communiquer…

La Genèse biblique est le récit d’un miracle qui rend possible et annonce tous les autres. Mais chaque événement interprété comme un miracle pose le problème et de son auteur et de son sens véritable. Comme semble l’attester l’expression « miracle! », le miracle parle de lui-même, il suffirait de le désigner comme tel pour le faire être : miracle du langage !?

La problématique ne porte pas tant sur la possibilité d’actes extraordinaires, que personne ne récuse, que sur leur signification et la nécessité de les ramener à un seul et unique auteur ; Jésus est lui-même présenté comme un thaumaturge (faiseur de prodiges), comme certains saints d’ailleurs (Antoine de Padoue au 12-13ème est capable de se faire comprendre des poissons, capable de bilocation (Téléportation pour les fans de Star Trek ou de Xmen), de faire retrouver les objets perdus  ou la santé …) alors que Mahomet est un homme comme les autres et ne revendique aucun miracle.

La  notion de miracle est donc une notion religieuse, particulièrement présente dans la tradition judéo-chrétienne, elle n’est ni philosophique, ni scientifique : il s’agit précisément d’un fait extraordinaire qui semble déroger aux lois de  la nature, les violer, et qui produit donc un certain étonnement heureux : on a le regard comblé par l’improbable ou l’impossible (par extension on parlera de miracle grec comme floraison intellectuelle imprévue ou de miracle économique dans les 50’s). Le miracle vient rompre le cours naturel des choses : il implique l’impossibilité d’expliquer un effet par des causes naturelles donc par la raison (présence des effets mais absence de causes connues ou connaissables) : « C’est un effet qui excède la force naturelle des moyens qu’on y emploie » (Pascal, P13). Et c’est parce qu’il introduit un changement dans l’ordre de la nature qu’il implique une cause surnaturelle capable d’agir au-delà, et qu’il est interprété comme un signe de l’auteur des choses.

Mais comme le miracle se caractérise aussi par sa rareté, il suppose que la volonté divine resterait cachée la plupart du temps et ne se manifesterait que de temps en temps : c’est l’exception qui confirme la règle et seul celui qui a décidé de la règle peut décider d’y faire exception … Il faut d’ailleurs que le phénomène soit assez manifeste, visible pour être porteur d’un message (positif ou négatif, les 10 plaies d’Egypte ou la multiplication des petits pains). Il y a donc un deuxième miracle dans le miracle, c’est la manifestation de la volonté divine qui devrait rester invisible (intervention exceptionnelle) : le miracle dit ce qu’il cache et cache ce qu’il dit. En effet, il se prolongera dans un troisième miracle, celui de l’interprétation du fait miraculeux comme signe divin : il y a là une ambivalence constitutive du miracle, il doit être interprété comme tel et réinséré dans un scenario divin pour prendre tout son sens ; l’interprétation du miracle implique le miracle de l’interprétation ! Comme la vérité révélée, il est supposé produire la croyance mais en réalité il la présuppose déjà puisqu’il nécessite la participation du croyant (pétition de principe) ; le signe ne fait signe qu’à celui qui le scrute et l’interroge, qu’à celui capable de le cueillir et de le décoder ; aveu involontaire de St Augustin : « Je ne serais pas chrétien sans les miracles »…

Or, que se passe-t-il si l’on applique le concept de miracle à la notion de vie ?

Tout d’abord, cela revient à reconnaître une intentionnalité cachée derrière les phénomènes naturels : les miracles sont ce que Dieu fait ou fait faire ; on rapporte le miracle à un pouvoir distinct de nous, on l’attribue à une puissance autre, au Grand Autre, ce qui revient à refuser la contingence et le hasard, à désirer donner du sens en laissant cette responsabilité à un autre parce que la charge est trop lourde pour l’homme ; la nature et l’homme sont dans la main de Dieu ; seule une puissance en retrait du monde, un être hors série peut engendrer le monde ; séparation entre deux mondes hétérogènes l’un à l’autre, la vie ne peut être que l’œuvre de Dieu.

Ensuite on lui attribue une puissance que l’on se refuse à soi-même, càd qu’elle est capable de faire ce qu’on est incapable de faire ou même d’imaginer (alors que pour l’imaginaire l’impossible est possible : ici ce que je n’avais même pas imaginé devient imaginable), il a fallu une force surnaturelle pour créer la multiplicité et la richesse du vivant à partir de rien ; la puissance transcendante a en réserve des trésors qu’aucun effort humain ne saurait conquérir.

Qui plus est, le décalage entre le néant et la profusion d’êtres  vivants joue en faveur du miracle et plus l’on avance dans la connaissance du vivant, plus l’on prend conscience de sa complexité, plus l’on est tenté de croire au miracle ; donc ce qui au départ était un présupposé religieux peut devenir la conséquence d’une réflexion métaphysique ou scientifique (cf preuve a contingentia mundi ; sentiment de sublime face à ce qui se dérobe à toute maîtrise, l’insondable).

Enfin, cela fait apparaître une ambivalence, car le miracle peut se cantonner à produire le double saut inaugural du néant au vivant, en passant par l’inerte, mais il peut aussi gagner la vie courante, ce qui traduirait une implication constante de Dieu dans le monde des humains. Le miracle serait alors un moyen de sceller l’alliance entre le peuple et Dieu, de prouver l’existence d’un Dieu vivant, parmi nous, moins fantomatique, puisqu’il se rend visible par des faits et gestes identifiables comme tels : les actes de ce dieu vivant ponctuent les temps forts de cette alliance, Dieu rejoint l’homme pour l’associer à son dessein, les événements qui jalonnent cette rencontre donnent à l’histoire son sens et sa direction. C’est là que les avis divergent même au sein des auteurs judéo-chrétiens : miracle originel ou miracle permanent ? Ils préféreront cantonner le miracle de la vie à un geste initial plutôt que de voir Dieu intervenir à tout instant : telle est la « chiquenaude » de Descartes, Dieu se contentant de donner le coup d’envoi de l’univers. L’occasionalisme de Malebranche en revanche part du constat que l’âme et le corps interagissent mais on ne sait comment expliquer cette interaction  de deux substances distinctes : c’est donc Dieu qui permet ce petit miracle permanent de l’action du matériel sur l’immatériel et inversement ; dans le système de causes occasionnelles, Dieu ferait des miracles à tout instant par des voies particulières, c’est une cause qui agirait sans cesse en nous, à chaque occasion qui se présente.

Mais il y a, selon les critiques, une contradiction évidente : Dieu aurait fait des miracles pour confirmer l’idôlatrie d’où une disproportion entre les causes et les effets (de même pour Bayle face aux comètes et à leur interprétation comme présage de malheur) ; Dieu s’abaisserait-il à intervenir dans nos vies ??? Cela provient d’un point de vue égocentrique de l’homme qui ramène tout à lui donc c’est plutôt une preuve d’impiété et d’orgueil que de foi : « L’impie n’est pas celui qui rejette les dieux mais celui qui attache aux dieux les opinions de la foule », Epicure . Qui plus est, on peut trouver des explications naturelles à ce qui paraissait être un prodige : distinguer l’inconnu et l’inconnaissable, même avec Leibniz : tout ce qui advient est déjà compris dans l’équation du monde prévue par Dieu, le désordre n’est qu’une apparence, le miracle résulte d’une mésinterprétation de l’ordre du monde ; les miracles sont indignes de Dieu, sa puissance est beaucoup plus admirable dans les effets ordinaires et par des voies simples (par exemple l’homogénéisation de l’espace à partir du 17ème, tout est ici comme là-bas) et cela dénoterait une imperfection, un manque, un désir, bref le besoin de se manifester à nos yeux : humain, trop humain…

Ce qui déroge à la nature déroge donc à Dieu donc croire aux miracles ce serait être … athée finalement ! 

« La foi au miracle nous ferait douter de tout et nous conduirait à l’athéisme » conclue  Spinoza. Retour à la case départ.

Dans ce cas, la notion de miracle et son pouvoir affectif pourraient bien résulter d’une prise de conscience du caractère improbable de la vie et de la convergence de causes accidentelles qu’il a fallu réunir pour qu’elle soit possible. La vie humaine, en particulier, émanerait d’un triple miracle car jaillissant d’une triple rupture : ontologique (passage du néant à l’être), biologique (passage de l’inerte au vivant) et anthropologique (passage du vivant au pensant). D’autant plus signifiante qu’elle était improbable, l’existence humaine s’auto-désigne comme miraculeuse, victime de l’effet saisissant du spectacle qu’elle produit sur elle-même.

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