Le vrai visage de la peinture

Le vrai visage de la peinture sartreoreille

Qu’est-ce qu’un authentique visage ? Sartre répond dans l’article du même nom, sorte d’égal inverse de ses  Portraits officiels : « si l’on appelle transcendance cette propriété qu’a l’esprit de se dépasser et de dépasser toute chose ; de s’échapper à soi pour s’aller perdre, là-bas, hors de soi, n’importe où, mais ailleurs, alors le sens d’un visage c’est d’être la transcendance visible ». Le vrai visage ne trompe personne. Il est justement ce qui ne se fait pas chose : ou alors il se fait statue, puisque « les statues sont des corps sans visages ; des corps aveugles et sourds, sans peur et sans colère, uniquement soucieux d’obéir aux lois du juste c’est-à-dire de l’équilibre et du mouvement ».

Bref, face aux portrait officiels, on s’ennuie ferme, comme dans une société de statues : ces visages sont comme rentrés en eux-mêmes, ils ne prennent pas le risque d’exister par le dehors d’eux-mêmes ; ils ont la froideur de l’immanence. Au demeurant, le peintre officiel ne se soucie pas de la véracité de ce qu’il peint, mais seulement de l’effet produit, à l’instar du sophiste : « Les joues de François 1er, sont-ce ses joues ? Non, mais  le pur concept de joues : les joues trahissent les rois et il faut s’en méfier. Après cela, comme il le faut bien, l’artiste se préoccupera de la ressemblance ». Et si le maquillage physique n’y suffit pas, le peintre accumulera autour du chef les signes évidents de sa toute-puissance : symboles, tentures, bijoux, meubles… Ainsi, étant donnée la petite taille de Blévigne (polytechnicien « mort en bas-âge », qui n’est pas sans rappeler le père de Sartre), Bordurin, l’un des peintres officiels de Bouville, « avec un soin jaloux, l’avait entouré de ces objets qui ne risquent point de rapetisser ; un pouf, un fauteuil bas, une étagère avec quelques in-douze, un petit guéridon persan ». De toute cette mise en scène résulte l’aliénation du spectateur lui-même, lequel n’est pas libre d’y voir ce qu’il désire : il est prisonnier de cette représentation du pouvoir, comme pris en otage, et ne saurait y voir autre chose que ce que le peintre veut qu’on y voit ; tel est le pouvoir de la représentation, ou du moins de sa perversion.

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