Et Picasso dans tout ça ?

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Célèbre photographie prise par Brassaï, intitulée Répétition du Désir attrapé par la queue, où figurent tous les participants de la première lecture de la pièce : on distingue au milieu Picasso, et assis par terre, face au chien,  Sartre et Camus.

Picasso pourrait, à cet égard, incarner LA figure ambivalente de la peinture chez Sartre, l’ambiguïté constitutive de l’artiste-peintre engagé et désengagé malgré lui. Sartre a joué à ses côtés, en mars 1944, le rôle de Bout rond dans la pièce « Le Désir attrapé par la queue »[1]. Son célèbre tableau, « Guernica », se trouve alors précisément au Museum of Modern Art de New York : le philosophe l’aura probablement croisé lors de sa visite avec Gerassi en 1945. Certes, c’est un communiste sincère, mais, probablement dépassé par son propre succès, « fournisseur attitré des riches amateurs d’USA », ce qui fait de lui « l’image vivante de cette contradiction » entre révolution esthétique et révolution sociale, remarque Sartre. Seul le conservatisme social peut supporter les remises en cause d’une révolution esthétique, tandis que la révolution sociale a besoin d’un certain nivellement esthétique[2]. Au départ, Picasso apparaît, dans l’esprit et la bouche de Gomez, comme un contradicteur crédible de Mondrian, analyse que Sartre reprendra en 1961 dans « Saint Marc et son double », à travers l’opposition de la perspective et de la profondeur : « Tout près de nous une des sources du cubisme fut la quête de la profondeur : de jeunes radicaux se plaçaient à la fois devant et derrière le miroir pour surprendre le dessous des cartes et la face cachée du cube d’Alberti. Vieillis, on les accusa de n’avoir tracé que des signes ; chez certains abstraits, je crois trouver l’orgueil inverse : ils renoncent à trouver cette veine poursuite et cultivent leur jardin ; puisque c’est un plan, il donnera des fleurs planes, tant pis : on ne mesure pas la beauté au nombre de dimensions. L’ennui, c’est que la profondeur ressemble à l’amour, oiseau rebelle : vous n’en voulez plus, elle est là. Chez Mondrian lui-même, quand deux traits se croisent, il ne se peut que l’œil ne voie passer l’un au-dessus de l’autre »[3]. Mais l’opposition se formule de manière plus ambigüe dans Les Chemins de la liberté : « il avait parlé de Picasso pour la première fois depuis trois ans. Ramon avait dit : « Après Picasso, je ne sais pas ce qu’un peintre peut faire » et Gomez avait souri, il avait dit : « Moi, je le sais » »[4]… Serait-ce pour Sartre une  manière à peine voilée de remettre en cause le génie de Picasso ?


[1] Lors d’un dîner avec Giacometti, ce dernier évoque le manque de confiance en soi de Picasso face à la qualité de ses œuvres : « Il parle de Picasso qu’il avait vu la veille et qui lui avait montré des dessins ; il paraît que, devant chaque nouvelle œuvre, il est comme un adolescent qui commence à peine à découvrir les ressources de l’art. Il dit : » Je crois que je commence à comprendre quelque chose ; pour la première fois, j’ai fait des dessins qui sont vraiment du dessin ». Et il se réjouit quand G. lui dit : « Oui, il y a du progrès » » FCI p. 124-125.

[2] « L’Artiste et sa conscience », SIT IV p. 26.

[3] SMD & 74.

[4] CL p. 1155.

 

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