Les coexistences de Rebeyrolle

Les coexistences de Rebeyrolle homme2rebey-225x300Homme tirant sur ses liens

truite2-300x225La grande truite

Rebeyrolle partira toujours d’un détail de la vie courante ou d’une actualité brûlante, tout en déployant à partir d’eux une multiplicité de sens, et toujours dans le but de « découvrir la matière vivante ou morte dans ses résistances et ses complicités ». Ainsi l’unification du sens de la toile devra-t-elle être également pour lui, non pas une idée toute faite, mais « une unité en acte »[1], engageant tout autant la vie et le regard de l’artiste, que ceux du spectateur. D’ailleurs, plus la matière picturale sera torturée, plus le geste du peintre s’inscrira en elle pour laisser la trace de son action et suggérer ainsi le cheminement qu’il nous reste à faire pour atteindre la beauté ; c’est pourquoi la colère, dans les toiles de Rebeyrolle, se montre, tandis que l’alacrité, « qui ne masque jamais une horreur discrète », reste voilée ; ce qui forgera dans notre regard « l’unité en acte de ses toiles, c’est l’horreur »[2]. Il fait coexister les matériaux sur la toile, accentue sans cesse dans son travail le rôle de la matière en ajoutant des textures et des bribes d’objets, au point que ses tableaux ne sont presque plus des tableaux représentatifs, bien plus des objets du monde que des icones suspendus au-dessus de nous : c’est encore une autre manière de traduire la « coexistence » du réel et de l’irréel dans le sens de la toile, car son réalisme n’est ni une totale « soumission à l’objet », ni la manifestation d’une intention politique clairement établie. Enfin, Rebeyrolle totalise à sa façon tous les autres peintres sartriens, en permettant à la peinture d’incarner « l’acte révolutionnaire », nécessairement penché sur le futur : cet « acte qui fera l’unité de la toile sera, plus ou moins visiblement, celui dont tous les autres, pour Rebeyrolle, procèdent »[1].


[1] CO SIT IX, p. 325. Michel Sicard corrobore ce caractère visionnaire des peintres sartriens, tous « anticipateurs d’un nouveau système de représentation » : « Les peintres choisis par Sartre travaillent à la charnière de leur temps. Tintoret anticipe les lois scientifiques concernant l’attraction terrestre et la chute des corps. Giacometti, par des contours multiples, fourbissant le néant, crée un dédale optique qui introduit à la spectralité même de nos nouvelles technologies » etc., Article « Peinture », DS, p. 375.


[1] CO, SIT IX, p. 319 et 324.

[2] Ibid. p. 324.

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