« Je(s) » de Denis Guillec (extraits)

Solitude

Clic, porte fermée, enfin seul !

Mon fauteuil !

Thorax soulevé. Poitrine gonflée. Respiration

coupée. Diaphragme tendu.

Puis – miracle des frontières – relâchement.

Expiration interminable. Soupir apaisant.

Puissamment apaisant.

Diaphragme détendu. Flottant. Respiration lente et fluide.

Saveur de la plénitude du silence après la nausée du caquetage social. Fragrances du silence. Couleurs du silence. Étourdissant silence. Rafraîchissant silence.

Moment inestimable de l’unité après la dispersion.

Là où l’on peut digérer les miettes de la journée.

Moi en miettes.

Miettes de moi à pétrir.

Miettitations.

Solitude, donne moi le pain de ce jour…

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 Radical ?

Trop d’ombre sur la maison, trop de dégâts dans les fondations ; les fissures béant, le foyer menacé, il fallut abattre l’arbre. En une journée il fut débité, empilé et emporté.

Mais l’arbre survit dans la souche.

C’est essoucher la grande affaire. C’est alors qu’il faut la force du sourd, la foi du charbonnier, et tchou et clang et pic et pelle et hache, cogne cogne cogne, je t’aurai putain de la terre !

Et tchou et clang et une racine en plus et une attache en moins ! Tire. Non, la dent ne sort toujours pas ! Cinq heures… la terre est dure la terre est dense les racines poussent le soleil cogne.

Et tchou et clang encore une racine. Toujours pas la bonne. À genoux dans le creux de l’anneau et pic et pelle et hache. Cogne, cogne, tranche. Oui ? Ça bouge. La voiture pâtit, la corde aussi, et crac, cahote la Gorgone sur dix mètres.

Du regard j’ai bu au cratère et remblayé. J’y ai marché en tous sens, histoire de savourer l’absence, sachant bien qu’au fond la souche survit dans l’esprit.

C’est essoucher la grande affaire.

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Je ponce donc

La poncée me prit à l’occasion du rafraîchissement de mes volets. Ce devait être poncer pour peindre, ce fut poncer.

Du chêne épais de six centimètres. D’abord la graisse, poussière et patine, ensuite l’os. L’or pour la fin.

J’attaquai à l’abrasif grossier, à la toile émeri numéro 40. En un mois j’avais réduit les volets de moitié. Efficace mais facile ; je passai au 80. Au bout de trois mois il me fallut du 120. J’en usai cinq mois et sept du 240. Quand transparut le jour je finis au papier à lettres.

Dans l’élan j’en vins à mes poutres. Directement au papier à cigarettes. Deux ans de joie pour une charpente en allumettes.

Dorénavant je me passe d’outil, mon œil suffit. En quelques secondes je ponce mon prochain. J’use une montagne en douze ans. Enfin prêt pour le grand œuvre.

Je peux me regarder.

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Lien vers l’éditeur : http://lescarnetsdudessertdelune.hautetfort.com/archive/2011/02/07/je-s-denis-guillec-extraits.html

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