Rencontre avec Rebeyrolle

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c’est en 1968, ironie de l’histoire, que Sartre rencontre celui qui symbolisera peut-être le plus à ses yeux l’engagement du peintre dans la matière de ses toiles : Paul Rebeyrolle. En 1970, ce dernier présente à la galerie Maeght des peintures où il traite, notamment, de la « coexistence », tant d’un point de vue politique (coexistence pacifique des corps écrasés par deux blocs)  que d’un point de vue matériel (coexistence des matériaux sur la toile). Le catalogue se voit donc préfacé par Jean-Paul Sartre sous le titre de « Coexistences »[1]. Rebeyrolle vient clore la série des essais sur la peinture : c’est l’ultime occasion pour le philosophe d’aborder la question de la représentation du Mal et de souligner l’importance d’une esthétique « matiériste », capable justement, mieux que toute autre, de décrire la violence du monde ; car comme le remarque Michel Sicard, « l’engagement se fait au niveau des matériaux eux-mêmes ; c’est d’eux et d’eux seuls que jaillissent le sens, la réprobation, la douleur, l’horreur »[2].


[1] Paru dans la revue « Derrière le miroir » en octobre 1970, le texte sera repris dans Situations IX en 1972. Quatre années plus tard, Simone de Beauvoir raconte être allée dînée avec Sartre chez Rebeyrolle, qui lui montre ses dernières toiles : mais Sartre, devenu quasiment aveugle, se désole : « Je ne peux pas les voir (…) J’espère que dans quelques mois je les verrai » La Cérémonie des adieux, Folio, Gallimard, Paris, 1987 (abrégé CA) p. 98 ; cf également le témoignage de S.de Beauvoir sur la rencontre avec Rebeyrolle p. 21. Cf Ill. 69.

[2] « Regards sur les arts plastiques », ES, op.cit. p. 200. D’ailleurs, Michel Foucault ne s’y trompera pas, qui consacre un article à Rebeyrolle dans la même revue, en mars 1973, intitulé « La Force de fuir » : il s’agit cette fois d’une série intitulée « Les Prisonniers », dans laquelle Foucault retrouve l’un de ses thèmes familiers, l’enfermement. Il sera intéressant à cet égard de constater à quel point les deux analyses convergent, tant du point de vue de la description phénoménologique que de l’assimilation entre matière et force. Texte repris dans  Dits et Ecrits I, Quarto, Gallimard, Paris 2001, p. 1269-1273.

 

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