Rencontre avec Masson

 

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La rencontre avec André Masson se fait également par l’intermédiaire d’amis, lors de son voyage à New York en janvier 1945 : organisé par « the Office of War Information », il a pour but d’inviter pendant deux mois des journalistes français considérés comme des témoins de la résistance ou résistants eux-mêmes[1]. Sartre, ébloui par une Amérique où la pénurie n’existe pas, croise là-bas des artistes français en exil, dont Léger, Duchamp, Calder, Picasso ou Tanguy ; son incompétence en anglais fait qu’il s’entretient essentiellement avec des francophones, dans ce tourbillon de fêtes et de cérémonies. A son retour en France, Masson lui présentera Pierre Boulez et, en 1946, proposera des esquisses pour les décors de Morts sans sépulture : Sartre aura probablement déjà pu admirer certaines de ses œuvres dans l’appartement de Louise et Michel Leiris[2], à Paris, en 1943-1944 ; aussi quatre de ses dessins sur le thème du désir, réalisés en 1947, seront-ils publiés dans Les Temps Modernes, aux côtés d’un article de Masson[3]. Mais ce sont au total vingt-deux dessins que Sartre s’apprête à commenter dans le texte introductif que nous connaissons sous le titre de « Masson », avec la mention « Introduction à vingt-deux Dessins sur le thème du Désir »[4]. Dans cet article, Sartre occulte rapidement les origines surréalistes du peintre pour souligner sa mythologie personnelle et l’intervention de composantes existentielles, notamment dans la métamorphose des formes. Comme il s’agit de dessins, et non de peinture, ce sera aussi probablement l’occasion pour lui de se questionner sur le rapport entre les deux et la facilité du dessin à rendre compte de l’individualité du moi ou du réel : « Le dessin, pour moi, est ce qui donne à l’objet peint l’ensemble de ses qualités transposées qui viennent de caractères réels » confiera-t-il à Michel Sicard[5]. Plus tard, Sartre et Masson se revoient en compagnie de Boulez, en 1960, suite à la signature du « manifeste des 121 »[6].


[1] Sur l’ambiguïté de la présence de Sartre à ce voyage, cf Denis Bertholet, op.cit., p 258s.

[2] Qui lui consacrera un livre, avec G. Limbour, également présent lors de ces dîners : André Masson et son univers, Collection Les grands peintres par leurs amis, Edition des trois collines, Lausanne, 1947 ; cf Denis Bertholet, op.cit. p. 238.

[3] « Balance faussée »,  Les Temps modernes  N° 29, février 1948, p 1381-1394 ; d’aucuns diront que Les Temps modernes servaient alors de lieu d’exposition ou d’expérimentation aux artistes de l’époque : « La revue est présente dans l’ensemble du champ culturel et y définit les canons du prêt à penser. Un auteur, un artiste, un débat, s’ils n’ont pas été intronisés dans ses colonnes, ont de fortes chances d’être tenus pour insignifiants par le Tout-Paris intellectuel », Denis Bertholet, op.cit. p 279.

[4] Le texte fut certainement écrit à la même époque, peut-être publié entre temps, mais repris seulement en 1960 dans Situations IV. Cf Ill. 57.

[5] « Penser l’art », ES, op.cit. p. 235.

[6] Comme le rapporte Simone de Beauvoir : « Nous admirions ses œuvres et nous trouvions un grand charme à son visage, à ses propos, matois et ingénus. Vieil anarchiste, les excès de son apolitisme nous avaient éloigné de lui (…) Masson portait la barbe ; il a raconté délicieusement des histoires sur les beaux temps du surréalisme » FC II p. 401.

 

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