Rencontre avec Lapoujade

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En 1949, les éditions du Seuil, dont Robert Lapoujade a réalisé le logo, organisent une exposition consacrée au peintre, dans laquelle figurent 29 portraits de personnalités de l’époque, dont Marguerite Duras, Gaston Bachelard et Sartre[1]. Cela n’implique pas que les deux hommes se soient déjà rencontrés, car le peintre travaille parfois à partir de photographies. La véritable rencontre avec Robert Lapoujade semblerait plutôt dater de l’époque de la guerre d’Algérie ; elle est sans doute liée au « manifeste des 121 » et à la participation de l’artiste au réseau Jeanson, ainsi qu’à son amitié avec Revault d’Allonnes[2]. Mais l’exposition des peintures de Robert Lapoujade, au printemps 1961 à Paris (« Peintures sur le thème des émeutes, Triptyque sur la torture, Hiroshima ») reste probablement l’événement majeur de la relation entre les deux hommes. Le texte rédigé par Sartre en guise de préface au catalogue de l’exposition et paru dans Les Temps modernes marque profondément les esprits : le public afflue à la galerie de Pierre Domec[3] située rue de Seine et le peintre, « surexposé » du jour au lendemain, se trouve confronté à une notoriété avec laquelle il aura du mal à composer. Le texte est pour Sartre le moyen d’appliquer à l’art pictural certaines des thèses développées dans la Critique de la raison dialectique l’année précédente, au point de surnommer Lapoujade « le peintre des foules », ce qui fait aussi de lui un « peintre sans privilèges », comme l’indique le titre de l’essai. Il parvient en effet à réinstaller l’homme au cœur de la toile, non point en tant qu’individu isolé, mais en tant qu’homme vivant parmi les hommes. Le texte affronte pour la première fois et sans détours la question de l’engagement du peintre : comment peindre la réalité du mal, sans verser ni dans la pâle copie réaliste, ni dans le travestissement esthétique ? Qui plus est, Sartre semble annoncer là le futur leitmotiv de Lapoujade, ce qui constituera le schème esthétique de ses dernières  peintures dans les années 80, à savoir la représentation de ses émotions télévisuelles face à des événements collectifs majeurs comme une manifestation, un concert de rock ou l’élection présidentielle du  10 mai 1981.


[1] Celui de Bachelard, réalisé pour sa part à la pointe d’argent, technique qui ne permet aucun retour en arrière, est reproduit dans le Lagarde et Michard du XXème siècle p. 544 (Cf Ill. 55). Le portrait de Sartre, qui se trouve aujourd’hui être la propriété de Roland Dumas, est un tableau réalisé plus tardivement, lors d’une deuxième série en 1965, et dans un tout autre style, non-figuratif.

[2] Sartre, Masson, Duras sont également signataires de ce texte appelant à l’insoumission et à la désertion lors de la guerre d’Algérie ; Lapoujade, qui a également participé en février 1961 à l’évasion de la prison de la Roquette de six détenues membres du FLN, fera partie des inculpés.

[3] Lequel est aujourd’hui propriétaire de plus de deux cent tableaux réalisés par Lapoujade. Pour un aperçu de son œuvre, cf le site qui lui est consacré : http://phauser.free.fr/index.html.

 

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