Quand le Tintoret invente le guide du routard

Quand le Tintoret invente le guide du routard poteau

 

routarde 

 

« Tu vois comme elle est belle, la petite fille, et sage ! » Mais son bras énorme et tendu se transforme en poteau indicateur : « Il faut aller là-haut, tout là-haut ! » Si haut ? « Plus encore. Et vous connaitrez votre bonheur » (SMD)

 

Avec Le Tintoret, des métaphores montagnardes viendront nous faire sentir la pénibilité d’e toute ascension : « Jacopo veut représenter un perron et nous montre le Matterhorn », nous faisant supporter « le poids de l’alpe et de l’alpiniste » ; les risques d’une descente en pente raide : « la descente d’un escalier considérée comme une prouesse d’alpiniste » ; le poids d’une avalanche : « c’est une force irrésistible : la force des choses amplifiant un geste humain, l’avalanche des marches, naissant au plus loin, au plus haut et projetant sur nous une main qui refuse »[1]. Sartre complète son kaléidoscope pictural par des métaphores routières ou techniques, permettant de diriger le regard dans le tableau et de s’y promener comme si l’on s’y trouvait : le bras servant de « poteau indicateur » à une jeune géante indique « Centre ville et toutes directions », suggérant la multiplicité des lignes de fuite possibles[2]. N’oublions pas que Sartre aime à jouer les guides, comparativement aux trajets sinueux que nous oblige à faire un Tintoret pour trouver ses toiles disséminées dans Venise : tout est fait pour que nous ayons l’impression, non pas de lire, mais de voir et de traverser l’atelier de l’artiste ou le geste sur la toile[3].


[1] SMD & 64, 65, 50 et 94.

[2] « De peur que nous ne sentions pas assez les difficultés et les périls de l’ascension, il place, au pied de la montagne, tout en bas, une matrone chargée de nous affranchir. Elle est censée parler à son enfant et lui désigner la Vierge : « Tu vois comme elle est belle, la petite fille, et sage ! » Mais son bras énorme et tendu se transforme en poteau indicateur : « Il faut aller là-haut, tout là-haut ! » Si haut ? « Plus encore. Et vous connaitrez votre bonheur » » SMD & 64. Cf Ill. 23 bis.  

[3] Rappelons cette remarque de Michel Sicard : « Une confrérie secrète nous réunit, petits lecteurs, autour d’un guide : venez avec moi, regardez, découvrez, comme si au fond cela n’était pas écrit, à peine dit, entre dit, entrevu … », « Esthétiques de Sartre », ES p. 204.

 

 

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